Petite fille, as-tu couru ?
A travers champs, à travers toi,
Contre vents et marées, pas à pas ?
Et combattu le temps, et vaincu ?
J'ai couru loin de mes pensées,
Me suis échappée de moi-même,
J'ai poursuivi l'air, ses poèmes,
Défié ma chute, et j'ai gagné !
Petite fille, as-tu chanté ?
Chanté la beauté et la peur ?
Fredonné tes rêves en douceur ?
Jusqu'à en être ivre, et comblée ?
J'ai chanté la nuit et le jour,
Hurlé à la lune, à genoux,
Chanté comme chantent les fous,
Mais mon coeur se fanait, toujours !
Mais petite fille, as-tu aimé ?
T'es tu consummée, corps et âme ?
T'es tu délectée de ces flammes,
Avant de t'y abandonner ?
J'ai aimé comme un cri perdu,
Toujours, l'aimé reste de glace,
Le dédaigné, lui, ne se lasse,
L'amour s'accorde avec déçu.
Petite fille, as-tu prié ?
Espéré inlassablement
Un signe, un avis apaisant ?
Dis moi petite, as-tu pleuré ?
J'ai pleuré toute mon amertume,
Sangloté sur le creux des nuits,
Prié pour que la peur s'enuie,
Et me suis noyée sous l'écume !
Petite fille, as-tu vécu ?
Regrettera-tu, à ta mort,
Que la conscience quitte ton corps,
Ou en as-tu déjà trop vu ?
Je suis déjà bien vieille, hélas !
Une femme tombée, et brûlée.
Une petite fille au corps de glace,
Qui s'immole dans ses regrets.
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